Senegal Debt: Former Officials Engage Paris Lawyers Amid Scrutiny
Les hommes tranquilles Le Sénégal traite aujourd'hui sa dette, retourne au Fonds, renoue pour ainsi dire le fil de la confiance. On parlera longtemps des maturités, des points de croissance, des milliards reprofilés. On parlera moins, peut-être, de ceux qui rendirent tout cela nécessaire et qui, singulièrement, ne se cachent pas. Ils circulent. Ils parlent. Ils accordent des entretiens où l'on apprend qu'ils n'ont « peur de rien ». Ils mandatent, pour défendre leur honneur, les plus beaux ténors du barreau de Paris. Ils tiennent conférence pour dénoncer la « manipulation » dont ils s'estiment victimes. De la sérénité des hommes tranquilles, ils ont fait un art. Rappelons pourtant ce qui n'est pas une opinion. Ce n'est pas un pamphlétaire qui a refait les comptes : c'est la Cour des comptes. Ce n'est pas un adversaire politique qui a parlé de sous-estimation délibérée : c'est le Fonds lui-même, dont l'émissaire confia n'avoir « jamais vu » dissimulation de cette ampleur. Le taux d'endettement qu'on présentait au monde tournait autour de soixante-dix pour cent du produit intérieur ; la vérité en approchait cent. Entre ces deux chiffres, il y a un pays qu'on a endetté à son insu et des créanciers qu'on a trompés ce qui, le jour venu, se paie au comptant, et par les plus pauvres. Et voici l'énigme : comment ce fait, avéré par ceux-là mêmes à qui nous devons de l'argent, a-t-il pu se dissoudre dans le bavardage ? On a vu la conversation publique glisser, insensiblement, du procès des dissimulateurs au procès de ceux qui avaient découvert la dissimulation. On a fini par reprocher au médecin son diagnostic, et par plaindre le malade de s'être laissé ausculter. Que la reddition des comptes chemine, nul ne le conteste. Une Haute Cour existe ; des instructions s'ouvrent. Mais elle chemine à pas comptés, avec cette lenteur qui, à la longue, finit par ressembler à un choix ; pendant que les hommes tranquilles, eux, ne perdent pas une minute : ils écrivent au Fonds, ils écrivent au ministre, ils réclament le contradictoire, la transparence, les pièces, toutes vertus dont ils ne s'étaient guère embarrassés lorsqu'ils tenaient la plume et le sceau. Et voici le maître mot de leur défense : « la vérité économique ». La formule est à la mode ; elle court les tribunes, jusque sous la plume des doctes qui saluent aujourd'hui le retour du pays au réalisme. Chacun s'en drape. Mais la vérité économique n'est ni une posture ni un slogan : c'est un rapport, qu'on a écrit, que le Fonds a confirmé, et que trop de gens affectent de n'avoir pas lu. Elle ne se plaide surement pas ; elle se constate seulement. Reste à savoir ce qu'on en fait. Ce qu'on en fait : là est la seule question qui vaille. Et il faut d'abord nommer une tentation pour la congédier. Car devant tant de sérénité, monte toujours une voix qui murmure qu'il faudrait un prince, un vrai. On songe alors à ces figures dont l'Histoire drape la brutalité de fascination. Machiavel, qui l'avait observé de près, fit de César Borgia le modèle du prince : celui qui ne tremble pas, qui frappe vite, qui, à Senigallia, convie ses capitaines félons à un souper dont ils ne se relèvent pas. Cinq siècles plus tard, un prince d'Arabie a rempli un palace de Riyad de ses cousins et de ses rivaux, et les en a fait ressortir délestés de leurs milliards. On nomme cela, dans les deux cas, faire rendre gorge. Et l'on est tenté d'admirer. Ah si on pouvait suivre ! Regardons-y de plus près, pourtant, car l'Histoire est cruelle avec ses princes. Borgia s'effondra à l'heure même où mourut le pape son père ; tout son édifice de terreur ne lui survécut pas d'un hiver. Ce que la peur avait noué, la peur cessa de le tenir dès qu'elle eut changé de camp. Voilà le vice secret de la méthode : elle n'arrache que sous la contrainte, et ce qu'on extorque n'oblige personne au-delà d'elle. Le décret qui prend peut être repris ; l'aveu qu'on soutire ne fonde rien ; et le jour où le rapport de force tourne — il tourne toujours, il n
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