De Faidherbe À Diomaye, Pourquoi La Justice Sénégalaise Peine Encore À Devenir Une Autorité Démocratique ?
What Happened
À l'heure où l'Afrique réinterroge son histoire, sa souveraineté et ses institutions, le Sénégal participe pleinement à ce mouvement : les débats sur la Constitution, l'État de droit et la justice occupent une place centrale dans la vie publique. Mais ce moment comporte un piège : confondre le changement des acteurs avec celui des structures. Une institution peut changer de dirigeants, de Constitution, de vocabulaire, tout en exerçant la même fonction de pouvoir. L'histoire permet précisément de distinguer les ruptures institutionnelles des continuités fonctionnelles. Il s'agit ici de décrire la permanence fonctionnelle des institutions judiciaires, de l'époque coloniale à nos jours. L'HISTOIRE DE DEUX HOMMES Cette réflexion doit beaucoup au remarquable travail de l'historien Richard Roberts, dont j'ai eu l'honneur de figurer parmi les traducteurs français, sous la direction de Babacar Fall : Mademba Sèye, 1879-1918, Fama de Sansanding, Soudan français, Mali — Conflits coloniaux, État de droit et collaboration négociée (Karthala, 2021). En reconstituant le destin de Mademba Sèye, né en 1852 à Saint-Louis, commis colonial devenu en 1890 « Fama » de Sinsani — un titre inventé par le général Archinard pour récompenser sa loyauté envers l'armée française —, Roberts offre bien davantage qu'une biographie : un matériau exceptionnel pour comprendre la construction du pouvoir colonial en Afrique de l'Ouest. Le titre du livre porte déjà toute l'architecture de ma démonstration. « Conflits coloniaux » : parce que rien, dans le Sénégal colonial puis indépendant, ne s'est joué sans affrontement entre logiques militaires et civiles, entre légalité affichée et pratique réelle. « État de droit » : la promesse sans cesse proclamée et sans cesse trahie d'une justice rationnelle et impartiale, promesse que le Sénégal indépendant reprendra à son compte sans toujours la tenir. « Collaboration négociée » et « trafic d'autorités » enfin : le mécanisme concret par lequel le pouvoir colonial, puis national, se perpétue — non par la seule loi, mais par un marché permanent d'autorité déléguée, retirée et réattribuée selon l'opportunité du moment. L'autorité cesse alors d'être une émanation de la société pour devenir une production du pouvoir lui-même. Mon hypothèse : ce triptyque — conflits, promesse d'État de droit, trafic d'autorités — décrit avec une fidélité troublante la gouvernance judiciaire sénégalaise de Faidherbe (1854) à Diomaye Faye (2024). Cette réflexion prend un relief particulier alors que le Sénégal traverse, à l'été 2026, une nouvelle crise constitutionnelle : une révision adoptée le 29 juin par l'Assemblée nationale a été déclarée contraire à la Constitution par le Conseil constitutionnel, saisi par le Président de la République lui-même. Par « continuité fonctionnelle », je n'entends pas la seule permanence des tribunaux ou des textes hérités de la colonisation, mais la permanence d'une même fonction politique de la justice : sous la colonisation, garantir la stabilité du pouvoir français ; après l'indépendance, protéger trop souvent la stabilité des élites gouvernantes. Les bénéficiaires changent, les régimes se succèdent, les constitutions sont révisées — mais cette fonction demeure largement stable. Il serait pourtant excessif de nier les progrès réels : magistrats indépendants, décisions courageuses, réformes importantes. Ces ruptures partielles n'ont cependant pas suffi à transformer durablement les rapports entre pouvoir politique et pouvoir judiciaire. 1857-1918 : LA MATRICE — UNE JUSTICE DE GOUVERNEMENT En 1857, Faidherbe reconnaît la compétence d'un tribunal musulman sur les litiges civils des originaires de Saint-Louis — geste d'apaisement politique plus que concession religieuse, puisque le qadi est nommé par l'administration elle-même. D'emblée, la justice n'est pas un pouvoir séparé, mais un instrument que l'on active ou suspend selon ce qu'il rapporte au pouvoir en place. En 1899, Mademba, devenu vieux Fama, fait l'obj
Practical Implications
Lawyers and compliance officers should watch for the ongoing Constitutional crisis in Senegal, which may impact the country's judicial system and its relationship with the executive branch.
Source
Source: Original reporting via SenePlus
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